RELATION A DIEU
INTRODUCTION
La certitude d'exister est le fait incontournable qui caractérise l'être humain en premier lieu .C'est la certitude "princeps".Chacun de nous admet sa propre "existence". Et c'est de cette certitude que découle la pensée de l'homme et non l'inverse!....La "pensée" étant cette démarche d'ordre intellectuel, orientée vers la connaissance, en vue de la découverte de ce qui est sous le contrôle de la raison.
La formule de Descartes :"je pense, donc ...je suis", doit être formellement inversée en :
"je suis, d'où il résulte que je pense!"
Cette dernière formule nous permet de briser l'enfermement, dans une vision fausse, non pas du rôle éminent, indispensable, de l'intelligence humaine, mais plutôt ...de la place exacte de cette intelligence!
Comme pour la "formule" de Descartes, il y a un "déplacement" à faire. Cette merveille qu'est l'intelligence humaine pourra alors briller de tout l'éclat qu'elle doit avoir dans la démarche de l'homme vers la vérité, éclat quelque peu terni par l'erreur de Descartes et des "penseurs" du fameux "siècle des lumières", eux-mêmes aveuglés par la tentation de la raison absolue et par la confusion entre esprit et raison !
La certitude d’exister est caractéristique de l’homme tout simplement par ce que celui-ci est « image de Dieu » et que la définition de Dieu donnée par Lui-même est : « Je suis » ! On lit, dans Ex 3, 14 : « tu parleras ainsi aux fils d’Israël : « Je suis » m’a envoyé vers vous » !
affirmation de certitude d’exister s’il en est !
PREMIERE DONNEE : la conscience d'être!
La première connaissance de l'homme, c'est donc bien la conscience qu'il a d'exister, présente à lui sous forme de CERTITUDE.
Cette certitude est le point de départ obligé de toutes les tentatives de"connaissance"de l'être humain, à travers tous les moyen dont ce dernier dispose pour se connaître lui-même ainsi que l'univers.
Elle est aussi le point d'aboutissement vers lequel convergeront toutes les "connaissances" fournies par ces moyens que sont les ressources du corps et du psychisme, et qui sollicitent leur intégration
dans notre personne sous forme de "certitude" ou de "conviction", selon le cas!Cette intégration est sous la dépendance du "jugement". Notre "jugement" est cette capacité de notre personne d'attribuer, à une proposition qui se présente à notre conscient, un caractère d'exactitude ou d'inexactitude.
Ce jugement se situe "en aval"de notre "conscience d'exister". Il est tout à fait second par rapport à elle. La certitude qui accompagne la conscience d'exister est donc indépendante de notre "jugement", lequel ne fait que soupeser, comparer des « propositions », pour trancher à leur sujet.
Par exemple, mon corps et mon psychisme peuvent me fournir des indications desquelles il ressort que je suis en danger : ce que j'ai vu, entendu, senti, (au niveau corporel), a provoqué dans mon intellect une démarche qui, influencée, de plus, par l'imagination et la mémoire (niveau psychique), aboutit à une idée de danger qui, soumise à mon "jugement" va s'avérer exacte ou inexacte.S’il est exact qu’il y a danger, cette "conviction" parvient ensuite à ce lieu de moi-même où j'ai, en certitude, conscience d'exister et où cette certitude princeps d'existence, va s'accompagner, au fil du temps, d'autres certitudes éventuelles. Dans l'exemple choisi, après les opérations intellectuelles de mon "jugement", imposant en moi la"conviction" d'un danger, avec une certaine réaction affective concomitante, il survient en moi un"vécu"non plus intellectuel ni psychique, mais d'un autre ordre et se "situant" dans la même partie de ma personne que la conscience d'exister, comme intégré en elle : mon esprit.
Il s'agit d'un vécu d'ordre spirituel.
La conscience d'exister et ce qui en découle, pour l'homme, est autre chose qu'une accumulation d'informations, telle que pourrait la réaliser un ordinateur. Même si ce dernier comporte des possibilités de connexions multiples aboutissant à de nouvelles informations, il n'est pas comparable à la "conscience" humaine"car il ne possède pas la capacité de"certitude"de la"conscience"de l'homme. Par contre, cette « certitude d’exister » est donnée à l’homme par Dieu, communiquée à notre esprit par l’ESPRIT qui est une des trois Personnes de la Trinité !
La conscience humaine d'exister fait corps avec la CERTITUDE. Et c'est elle qui va mobiliser toutes les ressources de notre être, dans un désir de "connaître", d'acquérir toujours plus de connaissances. C'est donc quelque chose d'essentiel pour l'homme.
C'est essentiel, déjà, dans le problème de la souffrance de l'homme, cette "compagne" de son existence (à ne pas confondre avec le problème de la"douleur"!).
Si l'on admet que la souffrance naît de l'écartèlement de l'homme entre ce qu'il est concrètement et ce qu'il devrait être, il s'en suit que la conscience d'exister, cette certitude communicable propre à l'homme, est un préalable à l'existence même de la souffrance humaine.
De cela, il découlerait qu'en l'absence de la "certitude d'exister", il peut y avoir douleur, mais pas souffrance!
On devine facilement les développements possibles de cette constatation.
Par ailleurs, la présence, chez l'homme, de cette certitude d'exister est un élément capital du dynamisme qui le pousse à "connaître".
DEUXIEME DONNEE : La soif de connaître.
L'homme porte en lui la soif de connaître:
-de se connaître lui-même,
-de connaître l'univers, tous les "êtres" qui le constituent, les relations entre eux, bref, tout ce qui est. Et pour tout cela, l'homme dispose de moyens de plusieurs sortes, aboutissant à des connaissances qui seront de plusieurs sortes également.
LES MOYENS NATURELS DE CONNAISSANCE
Ce sont déjà toutes les ressources du corps de l'homme, lui assurant le contact avec son propre corps et avec tout ce qui lui est extérieur : récepteurs sensoriels et autres, système nerveux assurant l'acheminement de l'information vers l'encéphale et son "traitement".
Ce sont aussi toutes les ressources du psychisme humain : intégration des informations, analyse,
synthèse, opérations intellectuelles, classement, sélection, comparaison, mémorisation, accès à la mémoire, au subconscient etc. Bref, tout ce que désigne le terme : intelligence psychique.
Tous ces moyens de connaissance existent "naturellement" dans l'homme, qui en dispose. Par sa volonté, l'homme peut aussi les développer, les affiner et réaliser ces autres moyens de connaissance que sont les sciences.
Celles-ci sont élaborées par l'homme, à partir de sa volonté, avec effort, par un travail incessant qui est celui de "co-créateur". Elles comportent :
- d'une part des produits de la pure imagination de l'homme, agencés par son intelligence en données de plus en plus complexes, selon des règles logiques. Ces sciences pures, abstraites, développées dans le domaine de l'imaginaire sont des sciences exactes dans la mesure où elles ne dépendent de rien d'autre que du raisonnement et dans la mesure où ce raisonnement est appliqué sans erreur à des données libres de toute contingence matérielle .Telles sont les mathématiques, qui, avec les réserves exprimées plus haut, peuvent fournir à l'homme des données absolument exactes, mais seulement dans un domaine limité : celui de l'imaginaire de l'homme.
- d'autre part, des produits de l'observation de ce qui entoure l’homme dans l'univers. Par cette observation rigoureuse, l'homme fait naître une autre catégorie de sciences,"appliquées"aux phénomènes de la nature, au sens large. Pour l'étude de ces phénomènes, il utilise l'instrument de calcul, de compréhension, d'analyse et de synthèse que sont les sciences "exactes". Mais l'exactitude des sciences appliquées, reste dans la dépendance de l'exactitude des données fournies par l'observation de l'univers.
En effet, s'il y a erreur dans les données de départ, même le maniement de raisonnements exactement menés, ne pourra empêcher le résultat final d'être entaché d'erreur!
Peut-être cette erreur sera-t-elle d'ailleurs minime, passant inaperçue, jusqu'au jour où la reprise plus serrée des données de départ permettra de la découvrir et de l'éliminer, au moins provisoirement!
De plus, l'intérêt premier de ces sciences est plus d'établir, avec exactitude, les relations entre les choses, les êtres, que la nature profonde des constituants de l'univers. L'homme est d'abord pragmatique, cherchant à connaître, en premier, ce qui peut lui servir dans l'immédiat, même s'il s'y attache encore certaines erreurs. C'est lorsqu'il a progressé dans ses connaissances et ses réalisations que l'homme demande davantage d'exactitude.
Ainsi, par exemple, depuis qu'il a "décollé" de la terre pour se lancer dans l'espace, l'homme ne se contente plus de certaines données astronomiques approximatives, qui, auparavant, lui suffisaient, mais il a besoin de données plus exactes, plus fiables.
Une différence essentielle sépare donc ces deux sortes de "sciences" :
- celles nées de l'imaginaire et procédant de la "raison pure", qui peuvent fournir à l'homme une "exactitude", sous réserve, simplement, que les opérations intellectuelles aient été menées sans erreur de raisonnement ou de calcul.
- par contre, celles nées de l'observation de l'univers, même aidées par les "sciences exactes"et avec les moyens les plus perfectionnés, ne peuvent et ne pourrons jamais donner des résultats entièrement exacts et définitifs. Il faudrait, pour cela, que la connaissance de l'univers par l'homme soit complète.
Or, c'est tout le contraire qui se produit, avec le développement même des connaissances de l'homme :
En effet, les connaissances scientifiques humaines peuvent être schématiquement représentées par une sphère, initialement très petite, allant en grossissant avec le développement des sciences.
La surface de la sphère, en contact avec l’inconnu, marque la limite des connaissances. Elle est sans cesse repoussée loin du centre, point de départ de nos connaissances, par l'extension de celles-ci. Mais en même temps, cette surface, en contact avec l'inconnu et qui représente donc les questions qui se posent à l'homme, ne cesse d'augmenter avec l'extension du rayon de la sphère.
Plus il y a de questions résolues par les sciences et plus se posent de nouvelles questions!
A vrai dire, rien de ce qui touche à l'univers dans lequel évolue l'homme, ne peut trouver, avec les sciences, d'explication absolument définitive tant qu'une partie de cet univers"échappe" à l'homme!
Et pourtant, l'homme, grâce à son intelligence, aux ressources de son corps, de son psychisme, augmente sans cesse ses connaissances, tout en reconnaissant, s'il est intellectuellement honnête,
que celles-ci sont d'une exactitude relative pour tout ce qui touche à la nature profonde des choses, des "êtres".
Il en résulte, pour l'homme, une progression indéniable dans l'utilisation pratique des données des sciences appliquées à la connaissance de l'univers, mais pas de progression dans la certitude!
Cette utilisation pratique, donnant de plus en plus prise, à l'homme, sur les phénomènes de la nature, procède plus de l'exploitation des relations entre ces données scientifiques que de l'exactitude de celles-ci. Si les opérations intellectuelles humaines qui agencent ces relations sont correctes, leur résultat final sera suffisant pour une utilisation pratique. Cependant, il existe toujours le risque de survenue d'un"accident" inopiné!.....malgré même la très grande probabilité d'exactitude".
Par exemple, la navigation aérienne est bien basée sur des données scientifiques concernant tant le milieu dans lequel elle s'effectue (météo etc.), que le matériel employé (l'avion et les services à terre...) et même le personnel navigant. Même si on a la conviction, légitime, que tout va bien se passer, il persiste une part d'incertitude qui n'empêche pas cependant l'utilisation pratique efficace, mais qui fait le bonheur des assureurs, et qui est corroborée, hélas, par la survenue régulière d'accidents! Ainsi en va-t-il de l'utilisation pragmatique de toutes les données scientifiques.
L'homme doit se contenter de conviction d'exactitude lorsqu'il appréhende l'univers par son intelligence. Celle-ci et ses capacités psycho corporelles, ne peuvent offrir à l'homme les certitudes
qu'il désire. Tout en lui permettant de maîtriser partiellement cet univers, les sciences le laissent sur une soif de certitude quant à la réalité profonde de son être, de ce qu'il est et ne lui donnent aucune certitude, ni sur lui-même, ni sur l'univers!
- ni statiquement, c'est à dire quant à la réalité de ce qui l'a fait tel qu'il est, autrement dit quant à son origine....
- ni dynamiquement, c'est à dire quant à la réalité du sens de son existence.
Du fait qu'il évolue dans le temps, l'homme a un "devenir". C'est l'orientation de celui-ci qui constitue le sens de l'existence.
Sur tout cela, l'intelligence humaine émet des suppositions, entraîne des convictions, mais pas de certitude!
TROISIEME DONNEE
IL EXISTE UNE AUTRE SOURCE DE CONNAISSANCE QUE "L'INTELLIGENCE"
Devant l'incapacité de ses moyens psycho-corporels à lui apporter la certitude, il ne reste plus, à l'homme, qu'à se tourner vers une autre source de connaissance.
Encore faut-il, pour cela, que l'homme accepte déjà cette éventualité. Cette acceptation lui est pénible, car elle souligne les insuffisances de cette intelligence, de ce psychisme et de ce corps, dans lesquels l'homme a toujours mis, à juste titre, sa fierté et où il a trouvé la source de sa chère"indépendance"!
En acceptant "l'esprit"comme lieu et moyen de connaissance, l'homme pense perdre l'aptitude, le pouvoir qu'il a de connaître par lui-même, par ses propres forces : une fois de plus lui échappe, croit-il, le fruit de "l'arbre de la connaissance du bien et du mal"(Gn 3,6).
L'homme réalise que la connaissance qui lui vient de l'esprit lui est essentiellement donnée. Elle lui est donnée justement par Celui qui est Esprit, c'est à dire par Dieu. C'est essentiellement un don, qu'il doit recevoir, accueillir dans la gratitude et qui le fait descendre du socle de sa puissance.
Voila pourquoi il rechigne si souvent à admettre jusqu'à l'existence même de l'esprit en lui et pourquoi il s’en méfie toujours peu ou prou.
Or c'est bien par l'esprit, à ce niveau, que l'homme va recevoir les certitudes auxquelles il aspire en fait. Et d'abord, la certitude d'exister, la certitude "princeps".
C'est bien elle qui est première en tout homme et qui va engendrer tous les autres processus de connaissance. Cette conscience d'être va entraîner tous les mouvements de ma pensée, dans le cadre psycho-corporel, dans une démarche pour connaître. Laquelle démarche a sa source dans cette réalité incontournable de l'esprit.
C'est au niveau de l'esprit que chacun va acquérir, progressivement, ou par "à-coups", la certitude de ce qu'il est, dans ses dimensions profondes et pas seulement matériellement, ainsi que la certitude de ce qu'est l'univers dans sa réalité profonde.
Ce mode de connaissance peut sans doute rester"embryonnaire"dans beaucoup de cas, s'il se heurte à une fin de non-recevoir de l'intéressé dont les motifs sont variés. Mais, si l'accueil est favorable au niveau de l'esprit, il en résulte une connaissance de plus en plus profonde sur le plan spirituel, avec même retentissement favorable psycho-spirituel et corporel dans la globalité de l'être humain.
A contrario, par des efforts psycho-corporels, l'homme peut favoriser l'accueil, par son esprit, de la connaissance spirituelle venant de Dieu. Il peut se débarrasser d'obstacles corporels et psychiques à cette connaissance, mais l'accueil lui-même est en quelque sorte passif et non "actif", dans la mesure où c'est Dieu qui donne cette connaissance, gratuitement et où elle ne lui est pas arrachée par les efforts de l'homme. Cela pose, d’ailleurs, le problème des divers modes de "méditation" sensés favoriser l'ouverture de l'esprit : une méditation qui serait trop préparée, trop réglée par l'intelligence et par les attitudes corporelles, deviendrait trop "humaine" et ne laisserait plus l'initiative à Dieu.
On vient de voir comment l'homme est un tout, dans lequel interférent corps, âme, esprit, avec toutes leurs connexions. Mais il faut bien distinguer les modes de connaissance qui relèvent du corps et du psychisme et aboutissent à des convictions et celles relevant de l'esprit et qui aboutissent à des certitudes.
Il faut bien insister sur ce fait que la"certitude d'exister"est reçue par chaque homme dans la structure "esprit" de son être et non au niveau de son intelligence psychique, par elle-même incapable de "certitude". Il en résulte une dépendance du psychisme par rapport à "l'esprit". Faute de reconnaître cette dépendance, l'intelligence psychique risque fort de "déraper" hors du réel!
LE RISQUE DE DERAPAGE PAR DECONNECTION PSYCHISME / ESPRIT
Ce n'est pas seulement la première partie de la formule de Descartes qu'il nous faut réviser, mais c'est aussi la suite :
En effet, si la constatation:"je suis", découlait de mes cogitations intellectuelles,(et non de mon "esprit") et que, par conséquent "Dieu est" en résultait, cela voudrait dire que Dieu est, à la limite, la"résultante" de mes déductions psychiques, donc de mon imaginaire, de mon affectivité....
Ainsi, Dieu devient une "idole" typique, c'est-à-dire une"création" de mon psychisme, doté d'attributs fabriqués par moi de toutes pièces et marqués par mes peurs, mes doutes, mes révoltes....etc.
De créature, l'homme se hisse au rang de "créateur": il inverse tout simplement la réalité...et s'étonne du résultat!
C'est la tentative de réalisation du vieux rêve de Satan, transmis à l'homme : passer pour"créateur".
Cela apparaît en pleine lumière, dans l'évangile, lors de la"tentation de Jésus", lorsque Satan, après avoir fait ses deux "numéros" préliminaires, dévoile enfin ses batteries : "tout cela je te le donnerai si tu te prosternes et m'adores!"(Mt 4,9).
On le voit, la proposition de Descartes mène à ce vague déisme où chacun se définit un "Dieu"à la carte (ou à la Descartes!)....une sorte de "génie de la lampe" à notre service. Ce n'est, en fait, qu'un "faux-semblant" intellectuel, dans le mauvais sens du terme.
NECESSITE DE DISTINGUER CERTITUDE ET CONVICTION.
Ce n'est pas parce que, dans un certain domaine, nous avons une certitude, d'ordre spirituel, que nous devons faire passer pour certitude ce qui n'est que conviction, car relevant, par exemple, d'une simple déduction intellectuelle.
Ainsi, nous pouvons avoir reçu la certitude de l'amour de Dieu pour nous, certitude ne relevant nullement de l'intelligence humaine, mais d'un accueil au niveau de l'esprit. De cette certitude naît normalement la confiance qui va transformer en foi nos croyances religieuses. Mais parmi ces croyances, il en est qui procèdent de déductions intellectuelles purement humaines et souvent, de surcroît, personnelles (à l’origine, parfois, de certaines"dévotions"). Elles doivent alors rester cantonnées dans le domaine des "convictions", et ne doivent jamais être présentées aux autres comme des certitudes, même et surtout si l'on dispose de quelque "autorité" à l'égard de ceux que l'on serait tenté de vouloir "convaincre".
Une bonne illustration de la différence entre conviction, d'ordre psycho-corporel et certitude, d'ordre spirituel, nous est fournie par l'histoire de l'apôtre Thomas (Jn 20, 24-29).
Absent lors de l'apparition de Jésus ressuscité à ses apôtres, il exige, pour y croire, de voir, de toucher....autrement dit, d'obtenir une conviction à partir de ses facultés corporelles, afin de déduire ensuite, par un raisonnement de son psychisme, que celui dont la mort avait été constatée "de visu" était maintenant vivant. Il était donc en recherche de conviction, sur un plan psycho-corporel.
Lorsqu'il revient à nouveau au milieu de ses apôtres, Jésus va déplacer Thomas sur un tout autre plan, spirituel, où lui sera proposé non une conviction, mais une certitude, celle de l’amour pour lui de Jésus ressuscité, vrai homme et vrai Dieu. Et c’est bien ce que Thomas va exprimer par sa déclaration : « mon Seigneur et mon Dieu ! » (Jn 20, 28).
Et cette certitude envahit littéralement l'esprit de Thomas, là où existe en lui, parce qu'il est "image de Dieu", le besoin infini d'être aimé et d'aimer"qui caractérise tout homme. Thomas est "touché"au niveau de sa"conscience d'amour", sa conscience spirituelle. De la certitude d'être aimé va découler la confiance en Christ ressuscité, la certitude spirituelle de sa résurrection....ce qui n'a rien à voir avec la conviction intellectuelle que demandait initialement Thomas à la "conscience de raison", par les moyens de la vue, du toucher et du raisonnement intellectuel.
Ayant reçu gratuitement la certitude, Thomas ne pense même plus à toucher les plaies de Jésus comme celui-ci lui demande de le faire : ce n'est plus nécessaire!
Il s'agit là d'une expérience éminemment personnelle, tout comme l'est la conscience d'exister, la conscience de soi et dont la subjectivité obligée n'altère nullement la valeur.
Pour que la certitude d'être aimé, phénomène passif, accueilli, soit suivi de la décision de faire confiance, il faut que s'exerce un choix, toujours au niveau de notre esprit, avec mise en oeuvre de notre volonté, donc un phénomène actif. Cet effort actif est assorti d'une certaine souffrance.
Ce passage de la "croyance" à la"foi"est, en effet, véritablement, une nouvelle naissance (Jn3, 3) avec tous les arrachements que cela comporte.
C'est pour cela que Jésus, avant de guérir le paralytique (Mt 9, 2), sachant l'effort qu'il va lui demander en direction de la foi, l'incite tout d'abord à faire confiance et cela sur le plan spirituel : "confiance, mon fils, tes péchés sont pardonnés!". Au passage, on notera l'appellation de "mon fils",
rarement employée par Jésus, montrant qu'il se place avant tout sur le plan de l'amour.
ASSOCIATION ENTRE CERTITUDES ET CONVICTIONS - DISTINCTION -
Une certitude peut s'accompagner de convictions, qui dénotent l'activité de l'intelligence, à côté de celle de l'esprit.
Ainsi, la réalité de l'amour de Dieu s'imposant à quelqu'un comme certitude, peut coexister avec des convictions portant sur les moyens à employer pour répondre à cet amour, et résultant d'une recherche purement intellectuelle et non d'une activité de l'esprit. Ces deux phénomènes ne sont ni de même nature ni de même valeur.
Par exemple, quelqu'un, en fonction de la certitude de l'amour de Dieu pour lui, peut avoir la conviction, par déductions de son intelligence, que Dieu lui lance un appel à suivre une certaine voie, un certain état de vie, pour répondre à son amour. Il se peut aussi que l'affectivité de ce quelqu'un ait supplanté le travail de l'intelligence proprement dite. Mais il se peut également que cet "appel" relève du domaine "spirituel" et non psycho-corporel. Un discernement attentif est nécessaire pour résoudre de telles questions.
Autre exemple : on connaît " l'illumination" dont a bénéficié Gautama, le Boudha : ce fut la certitude de la transcendance de l'amour, une connaissance immédiate et profonde de l'Amour, donnée sur le plan spirituel. Par contre, à partir de cette certitude et par le travail de son intelligence, Gautama a élaboré des déductions, touchant les moyens de rejoindre l'Amour qui sont seulement de l'ordre des convictions.
Ainsi, la conviction que c'est le "désir" qui est à l'origine de la souffrance l’a incliné à renoncer à tout désir. Une telle attitude est inadéquate. En effet, ce sont les désirs contraires à l'amour qui vont entraîner, directement ou indirectement, une souffrance, mais absolument pas le désir fondamental, en tout homme, d'être aimé et d'aimer. C’est la satisfaction de ce désir, lequel procède du fait que l'homme est un être d’amour car « image de Dieu », qui apporte le BONHEUR.
On voit bien par là la différence essentielle entre certitude, accueillie au niveau de l'esprit et conviction élaborée par l'intelligence, comportant donc un risque d'inexactitude.
Or, bien souvent, l'homme entretient la confusion entre certitude et conviction, ce qui risque d'entraîner conflits et intolérance.
Pour le chrétien qui bénéficie de la certitude de l'amour de Dieu quand elle lui est révélée et qu’il
l’accueille, cette révélation se complète par celle que Dieu propose dans la Bible.
L'accueil de la Parole de Dieu, historiquement donnée par les prophètes, puis par les disciples de Jésus et ensuite par l'Eglise en tant que "temple de l'Esprit", fournit à celui qui est "justifié par la foi" les convictions propres à le guider sur le chemin du salut.
Ces "convictions", dans la mesure où elles relèvent de l'intelligence humaine, doivent être sans cesse vérifiées à la lumière de la foi et toujours avec l'aide de l'Esprit, dans l'Eglise.
Il y a là un effort continuel pour passer de "l'intelligence psychique" à "l'intelligence spirituelle", d'une compréhension psychique des choses à une compréhension spirituelle.
Cet effort est difficile car notre imagination, notre mémoire, notre affectivité, blessées par les refus d'amour, sont difficilement capables d'intégrer les données du réel dans ce principe unificateur qu'est l'amour!
LIENS ET COMPLEMENTARITE ENTRE CERTITUDE ET CONVICTION
L'intelligence psychique nous permet de répondre à la question : "comment"? (origine d’une existence constatée) qui se pose au sujet de tous les êtres. Dans sa réponse, elle nous propose des "convictions" à ce sujet, toujours révisables avec le progrès de nos connaissances et cependant suffisantes pour mener notre vie courante.
Mais c'est à l'intelligence spirituelle qu'il revient de répondre à la question "pour-quoi"? touchant tous les êtres. C'est la question du "sens", du devenir!
Et, pour répondre à cette question en satisfaisant le besoin de vérité qui est en chacun, il faut partir d'une certitude que, seul, l'esprit est capable de fournir car seul capable de la recevoir.
Pour autant, la délimitation entre certitude et conviction risque de n'être pas toujours nette. La"contamination" du spirituel par le psychique (entre autres, par l'affectif) est une menace constante si l'on n'y prend pas garde, avec tentation de présenter comme certitude ce qui n'est que conviction....parce que cela rassure et arrange, ou pour tout autre motif!
EXIGENCES DE LA VERITE
Nous connaissons la remarque désabusée de Pilate à Jésus :"Qu'est-ce que la vérité"? (Jn 18,38). Par là, semble-t-il, Pilate voulait signifier que la vérité, non seulement n'est pas accessible, mais qu'elle n'est même pas définissable!
On peut pourtant fort bien la définir! : c'est la réalité de ce qui est.
Mais cette réalité a plusieurs niveaux, qui ne sont pas pareillement accessibles.
Le niveau superficiel, c'est la conviction que me fournit mon corps et mon psychisme, à propos de tel ou tel "existant". Ainsi, quand je rencontre dans la rue quelqu'un que je connais, je puis, par la vue, par la mémoire, dire :"C'est untel!". Cela est de l'ordre de l'exactitude. C'est vrai, mais ce n'est pas toute la vérité de ce qu'il est, dans la profondeur de son être et que Dieu seul connaît, d'une connaissance qu'Il peut éventuellement me communiquer en partie et ..."spirituellement"! Cela, c'est le niveau profond.
Dieu seul peut faire reculer, pour nous, les limitations que nous éprouvons dans la connaissance de la vérité. Et cela, non pas avec le secours de notre intelligence psychique, mais par le canal de notre intelligence spirituelle.
VERITE ET LIBERTE
Tout homme qui reçoit la connaissance spirituelle de la vérité devient de plus en plus libre : ("la vérité vous rendra libres") (Jn 8, 32 et Ga 5,1), en particulier par rapport à ses "convictions", qu'il ne cherche plus à imposer à autrui, connaissant leur fragilité. Dans la certitude spirituelle de la vérité, il est devenu libre, de la liberté des enfants de Dieu. C'est librement qu'il répond, à la confiance que Dieu lui fait par son adoption filiale, en entrant lui-même dans la "confiance de la foi". Cela souligne bien le lien étroit entre foi et liberté.
Certes, celui qui reçoit, au niveau de son esprit, là où il a déjà la certitude d'exister, cette autre certitude qu'est la révélation que Dieu est Amour, celui-ci ne peut faire autrement que d'accueillir cette"vérité", mais il va tout de suite être sollicité d'offrir librement sa confiance....ce qu'il fera ou ne fera pas, en toute liberté!
S'il entre alors dans la confiance de la foi, l'homme qui a reçu en lui la certitude de la vérité évoquée plus haut ne peut que désirer partager son bonheur avec son prochain :"nous ne pouvons pas ne pas parler!" disait Saint-Pierre interrogé par les notables juifs.
D'où la "proposition" à tous et "jusqu'aux extrémités du monde" de la Bonne Nouvelle ("révélation reçue de Dieu"), dans le respect des consciences, seule façon de procéder qui soit vraiment en accord avec cette révélation elle-même.
CONCLUSION
La nécessité de différencier « psycho-corporel » et « esprit » et de rétablire la place de ce dernier, est aussi impérative que celle de différencier conviction et certitude. Sortir de toutes les confusions à ce sujet et de toutes les erreurs pseudo-philosophiques ou religieuses qui s'en sont nourries, permettra à l'humanité du troisième millénaire de s'arrêter au bord du gouffre et de faire, de cette période de son histoire, celle de la "renaissance de l'esprit".