EUCHARISTIE ET PLAN DE DIEU
L’EUCHARISTIE NOUS OFFRE
Dans l’EUCHARISTIE s’effectue, dans le présent du “mémorial”, l`offrande rédemptrice permanente du Christ. Cette offrande, elle a précédé l’événement lui-même, lorsque Jésus l’a faite lors de la dernière cène. Elle a accompagné la réalisation concrète acceptée librement par le Christ, sur la croix. Elle se continue, depuis, au cours des eucharisties, après que “tout ait été accompli”. Il faut bien comprendre la coexistence :
- de la permanence de l’offrande sacrificielle du Christ, depuis
- de la discontinuité des eucharisties, dans le concret de nos existences et de la succession des générations.
L’une et l’autre sont nécessaires pour que tous les hommes de tous les temps puissent « participer » au salut du monde. On peut comparer cela à ce qui se passe lorsqu’on longe la façade extérieure d’un grand bâtiment qui comporte une seule salle, immense, éclairée d’un seul tenant, et percée d’une multitude de fenêtres. Quand on la longe de l’extérieur, on est tantôt éclairé, tantôt dans l’obscurité : la lumière parait discontinue. Et cependant, c’est la même lumière, à chaque passage devant une fenêtre.
Seule
Mais l’humanité, de son côté, doit assumer sa participation libre à cette offrande sacrificielle du Christ. Cette participation humaine est sollicitée, par Dieu, auprès de toutes les générations.
- 1)-Pour celles qui ont précédé le sacrifice de la croix : les hommes qui avaient adhéré au plan de Dieu par la tenue de leur vie ont dû attendre “l’accomplissement des écritures”et la descente de Jésus aux enfers pour leur “délivrance” rendue alors effective.
-2)-Pour les générations se succédant après l’accomplissement “une fois pour toutes”, du sacrifice rédempteur du Christ, l’eucharistie renouvelle sans cesse l’offre qui nous est faite par Dieu de rejoindre son plan. A l’offrande du Christ, au Père, de sa vie, nous joignons l’offrande de notre propre vie qui devient ainsi participation au salut. Mais, pour que notre vie puisse être une offrande acceptable, pouvant être jointe a celle du Christ au cours de l’eucharistie, il faut qu’elle devienne de plus en plus conforme au plan global de Dieu (le plan sur moi et le plan sur tous).
Il faut donc : - d’une part que je prenne conscience de ma nécessaire participation à l’offrande du Christ au cours de l’eucharistie.
- d’autre part, que je vive concrètement, entre deux eucharisties, l’adhésion au plan de Dieu sur moi et sur les autres, grâce à la présence permanente en moi de Celui qui a dit “ Celui qui mange ma chair et boit mon sang, je demeure en lui et lui en moi! »
NOTRE NECESSAIRE PARTICIPATION A L`OFFRANDE DU CHRIST
Directement, lors de l’eucharistie, ou indirectement, par le biais de la communion des saints, tous les hommes sont appelés à participer à l`offrande salvatrice du Christ.
Le soir de la sainte Cène, Jésus a fait l’offrande parfaite de sa vie pour le salut du monde et il l’a réalisée à la croix. Aux apôtres qui ont vécu le moment de cette offrande avec lui, il a demandé avec insistance leur “participation”. Jean l’a bien compris, lui qui a souligné cette demande en mettant au premier plan le lavement des pieds, en omettant même de raconter la suite... qu’il savait, d’ailleurs, être connue de ceux qui liraient son évangile!
Certes, le lavement des pieds est porteur de signification forte au niveau de l’humilité et de l’unité. Mais il y a plus : une injonction impérative de passer par là pour « avoir part avec Jésus »...autrement dit, pour participer à l’événement capital qui va avoir lieu : l’offrande sacrificielle du Christ (Jn 13, 2-8).
En instituant l’eucharistie comme un mémorial c’est à dire non pas un simple souvenir, mais comme événement qui demeure présent au cours du temps, Jésus permet aux générations successives de participer réellement, concrètement, à son offrande de salut. Il permet aussi à chaque homme d’apporter une participation de plus en plus effective, dans la mesure où cet homme réalise dans sa vie la synthèse de plus en plus réelle entre le plan de Dieu sur lui et le plan de Dieu sur tous.
Si l’eucharistie n’était pas un véritable mémorial et le Christ pas vraiment présent au cours d’elle, les humains de notre génération “ne pourraient avoir part” au sacrifice salvifique ni lui apporter leur participation concrète.
De tout cela, on peut déduire l`importance qu’il y a à présenter l’eucharistie comme un véritable mémorial de l’offrande sacrificielle du Christ et non, d’abord, comme on l’entend parfois, comme un “repas fraternel” destiné à renforcer les liens de la communauté chrétienne .
Certes, repas il y a, et d’importance, puisqu`il va nous permettre, en recevant le corps et le sang du Christ, de vivre de plus en plus, concrètement, la synthèse entre le plan de Dieu sur chacun et le plan de Dieu sur tous. Mais ce repas n’a de raison d’être que par la “participation” voulue, par Dieu, pour nous, à l’offrande sacrificielle du Christ.
Importance aussi de marquer, au cours de l’eucharistie tout ce qui peut attester cette participation des hommes. Ainsi, l’apport des offrandes par les fidèles, l’addition de la goutte d’eau au vin, symbole de participation. Et lorsque, par la voix du prêtre, Jésus s’offre au Père, le diacre, en élevant le calice, atteste la participation des hommes à l’offrande de salut!
Là, sont merveilleusement vécus les deux volets de l'amour, don et accueil : don du Christ au Père, accueil de notre participation par le Père, don de nous-mêmes et accueil par nous du Don de Dieu.
Il est important de souligner que, dans l’eucharistie, par le biais de la communion des saints, nos ancêtres, dans la mesure de leur propre adhésion au plan de Dieu, peuvent, eux aussi devenir “participants”. Ils rejoignent notre “participation”. Eux et nous, sommes alors libérés des éventuels “liens”que représentent des influences néfastes réciproques. Ces influences sont la conséquence d’actions non conformes au plan de Dieu de la part de nos ancêtres, mais aussi, de notre part, la conséquence de nos réactions vis à vis d`eux et contraires au plan de Dieu (telles que la rancune, la peur, la soumission a des “pouvoirs” prétendant s’opposer à
REFLEXION
1)- Comment est-ce que je vis, dans l’eucharistie, cette synthèse entre le plan de Dieu sur moi et le plan de Dieu sur tous? Est-t elle seulement, pour moi, “ un grand moment avec Dieu” ? ou l’occasion, par excellence, de réaliser le plan global de Dieu, à la fois sur moi et sur tous ?
2)- Ai-je le souci d’amener les autres à vivre aussi cette “participation”comme je veux la vivre et à avoir envie de réaliser non seulement le plan de Dieu sur eux personnellement, mais aussi le plan de Dieu sur les autres fidèles... et sur toute l’humanité?
Autrement dit, l’unité et la solidarité me paraissent-elles être une priorité?
Comment faire pour que les « dévotions », dont l’utilité est pourtant certaine, ne prennent le pas, chez les fidèles, sur la réalisation de l’unité et de la solidarité?
PLAN DE DIEU SUR MOI ET EUCHARISTIE
L’eucharistie va assurer mon adhésion concrète, continue et de plus en plus forte au plan de Dieu dans ma vie de tous les jours grâce à la communion au corps et au sang du Christ!
Il nous faut prendre au sérieux l’affirmation, par Jésus, qu`il demeure en nous après que nous l’ayons reçu en communiant lors de l’eucharistie.
Certes, Jésus a promis sa présence à celui qui garderait sa Parole (et donc ses commandements !). Certes, il est au milieu de nous par sa présence dans
Ainsi va changer la vision que j’avais de moi, de Dieu, des autres. Pour ces derniers et en particulier pour mes frères chrétiens les plus proches, la conviction qu’ils sont en permanence demeure de Dieu entraîne logiquement un tout autre regard sur eux, de ma part!
Ainsi sont réalisées pour moi les conditions d’adhésion au plan global de Dieu : Foi, observance des lois de vie, participation à la rédemption, unité, solidarité, miséricorde, compassion.
REFLEXION
1)-On peut l’entreprendre à partir du texte de Mt 25, sur le « jugement dernier » (25, 31-46), en comparant les deux étonnements : celui des justes qui sont dans le plan de Dieu et celui de ceux qui n’y sont pas entrés, qui ont fermé leur coeur à l’amour, à la solidarité.
Ai-je la réaction de trouver naturel ce que je fais pour les autres quand je laisse Jésus agir en moi vraiment par sa présence?....ou bien est-ce que j’attends “le retour de l’ascenseur” de la part des autres et de Dieu, en murmurant si l’ascenseur tarde à venir?
2)-Par quels signes reconnaît-on que quelqu’un vit la conviction que Jésus demeure en lui en permanence?
3)-Le fait de rester sous un certain nombre d’emprises est-il compatible avec la présence de Dieu en moi ?
Il s’agit, pour nous, de voir comment notre adhésion au plan de Dieu va devoir s’accommoder de la douloureuse « déchirure de la tunique du Christ ». Il nous faut chercher comment vivre concrètement celle-ci, en particulier à propos de l’eucharistie dont on a vu l`importance dans le plan de Dieu. Il va donc falloir gérer les différences de vision de ce sacrement existant entre les chrétiens.
En tant qu’enfants de lumière, nous devons éviter tout ce qui est confus. Ce qui nous est demandé et sur quoi insiste Paul, c’est la foi, c’est à dire plus que la simple croyance. Il ne suffit pas d’avoir la connaissance de
Dans la foi, nous adhérons à la sagesse de Dieu plutôt qu’à celle du monde.
Mais l’esprit de division, caractéristique du monde, a suscité dans l’Eglise, des interprétations divergentes des enseignements du Christ transmis par l`Eglise jusqu’à nos jours. Elles étaient déjà évoquées dans les épîtres, puis ont fait l’objet des discussions des premiers conciles qui eurent à préciser les grandes lignes de la Christologie et à trancher entre les différentes interprétations, dont celles qualifiées par eux d’hérétiques.
L’eucharistie, à son tour, n’a pas échappé à des contestations concernant sa signification.
Par ailleurs, l`exercice de l’autorité dans l`Eglise n’a pas toujours été facile, entraînant des difficultés de la part de ceux qui l’exerçaient et de la part de ceux qui avaient à s’y soumettre. Il en est résulté des oppositions, attisées par de nombreuses et malencontreuses interférences entre spirituel et temporel et aboutissant à des scissions ou schismes dans l`Eglise.
Tout cela et quelques en soient les « responsables » est en opposition formelle au plan de Dieu (Jn 17, 22-23), mais c’est une réalité dans laquelle nous vivons.
N’oublions pas que Jésus lui-même a été affronté, terriblement, à cette réalité. Il nous a montré comment réagir :
- en restant attaché à la vérité, attaché au plan de Dieu, comme lui. Pour cela, il a dû s’opposer aux scribes et aux pharisiens avec la plus grande fermeté.
- en faisant preuve de charité vis à vis de ceux qui étaient dans l’erreur et en empêchant les disciples de riposter au manque de foi et à l`indifférence :( Lc 9, 51-55) (Mc 9, 38-41) (Mt 18, 15-17).
Le plan de Dieu exige donc de nous la fermeté dans la foi et la tolérance, dans l’amour.
Or, il est évident que de nombreux problèmes concrets se posent dans l’oecuménisme et pour commencer, celui de l’eucharistie.
EUCHARISTIE ET OECUMENISME
Comment nos frères protestants définissent-ils ce sacrement dont ils ont conservé la pratique, de façons d’ailleurs très variable selon les différentes dénominations?
Pour un grand nombre, il s’agit seulement d’un souvenir symbolique de la dernière Cène, simple rappel de ce qui a été a l’origine de notre salut : le sacrifice du Christ!
Dès lors, il n’est pas question, pour eux, de présence réelle du Christ dans les espèces qui font l’objet du partage fraternel de ce simple souvenir.
A partir de cette différence de conviction, il y a généralement blocage des positions coupant court à tout dialogue : la présence réelle est acceptée ou rejetée!
Ce n’est donc pas à ce niveau que le dialogue oecuménique peut être fructueux et il est nécessaire de remonter en amont!
Après la chute, le plan de Dieu a comporté en vue du salut, l`incarnation et la rédemption, mystères qui se rejoignent et auquel est associé celui de la “participation”: Dieu veut faire participer l’homme à son propre salut et lui donne ainsi une preuve inimaginable de sa confiance.
Or, c’est au cours de la dernière Cène que Jésus va révéler ce mystère, par le lavement des pieds (Jn 13) qui, nous est présenté par Jean comme englobant en quelque sorte l’institution de l’eucharistie et en y étant étroitement associé. Cette “participation” ainsi révélée par Jésus comme indispensable va comporter deux volets :
-1) la participation immédiate des apôtres, avec la pose, par Jésus, des conditions dans lesquelles elle doit s’opérer de leur part, à savoir, l’amour fraternel, l’unité et l’humilité.
-2) la participation de toutes les générations, à venir, résultant du commandement : “ faites ceci en mémoire de moi!” rapporté par les évangiles synoptiques et concernant tous les hommes jusqu’à la parousie.
Participation, incarnation, rédemption vont continuer ainsi à s’accomplir.
De même qu’il y a eu un “avant” l’accomplissement même du sacrifice du Christ sur la croix, consistant en l’offrande au Père faite a la dernière Cène, avec participation des apôtres, de même il y a un après avec le vécu effectif de l’offrande sacrificielle du Christ lors de toutes les eucharisties célébrées par les générations successives de fidèles. Au cours de celles-ci, Jésus est réellement présent afin de pouvoir s’offrir pour le salut du monde en sollicitant la participation des disciples, présents, comme lui, “en la totalité de leur personne”. Les deux “parties” intéressées dans le mystère du salut doivent en effet être réellement présentes, comme dans la passation de tout contrat. Ces deux parties sont Dieu et tous les hommes qui veulent accomplir la “part” du plan de salut de Dieu qui leur revient!
Lors de la dernière Cène, Jésus a fait une double promesse:
- celle d’assurer le salut par la croix, “une fois pour toutes”, tout en associant les apôtres à l’offrande sacrificielle de sa vie au Père.
-celle de permettre a tous ceux qui voudraient entrer dans le plan de salut de Dieu de participer à l’offrande sacrificielle qu’il revivrait lors des eucharisties, avec eux, jusqu’à son retour.
Le fait de donner sa vie n’est pas automatiquement “ salvateur”. Il faut, pour cela, que ce soit accompli par amour. Le 11 septembre 2001, les terroristes et les pompiers de New-York ont, les uns et les autres, donné leur vie. Mais c’était destructeur chez les uns et salvateur chez les autres, car dans la haine chez les premiers et dans l’amour chez les seconds.
C’est pour cela que Jésus a déclaré que sa vie ne lui était pas prise, mais que c’était lui qui l’offrait, par amour, pour le salut du monde. Et c’est cette même sorte de don qu’il a demandé de faire, lors des eucharisties, à ses disciples, en participation, avec lui pleinement présent, pour le salut du monde, en accomplissement du plan de Dieu.
La présence réelle de Jésus au cours des eucharisties, est la conséquence de la double adhésion au plan de salut de Dieu : celle de Jésus et celle des hommes. Elle est indispensable, mais secondaire par rapport a l`offrande sacrificielle qui réalise pleinement le plan de Dieu.
Plutôt que de se bloquer au niveau d’une opposition, entre chrétiens, sur la présence réelle, il est plus important d`arriver à une vision commune de la nécessaire rencontre entre l`offrande du Christ et celle des hommes par le biais de la “participation” des hommes au cours de l’eucharistie. Sur cette vision, l’entente doit être facile et constitue un premier pas vers la reconnaissance, par tous, de la présence réelle dont « l’évidente nécessité » tombe alors comme « un fruit mûr », devant notre raison !
REFLEXION (en s`aidant du texte de Jn 17 )
L`oecuménisme doit être pour nous l`occasion de grandir dans l`unité et la solidarité voulues par Jésus. Pour cela, avons-nous le souci de développer, avec tous nos frères chrétiens, ce qui peut nous unir, plutôt que ce qui nous divise encore, hélas?
Est-ce que je fais les efforts nécessaires dans ce sens? Est ce que, par mon attitude, j`aide les autres à agir aussi dans ce sens et à réaliser l`unité et la solidarité prévues par le plan de Dieu?